Dimanche 3 août 2008
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Lucien*,
Ta mort, tant désirée, hier, doit en satisfaire plus d'un, aujourd'hui. Après tout, tu as joué
avec elle, avec sauvagerie, il y a de çà 44 ans et aujourd'hui, elle te rattrappe, non sans une certaine cruauté. Mais je m'interroge. Est-ce que la vengeance de ceux qui voulaient te voir mort
est désormais appaisée?
Moi, je pense que ta mort ne change rien. L'acte que tu as commis, ce 26 mai 1964, n'est pas effacé, encore moins réparé. Tu as obligé
les parents de Luc à construire leur vie, sans lui et tu as empêché Luc de se construire une vie. Quel terrible gâchis!
Mais je crois que tu as eu largement le temps d'analyser ton acte et d'en peser les conséquences. Non, si je viens t'écrire, aujourd'hui, c'est pour te dire
que ta vie, si imparfaite soit elle, je la lis comme un message.
Je fais cette analyse. Il aurait été si pratique et moins encombrant de te donner la mort. Il aurait si sécurisant et moins dangereux de
t'enfermer à vie, sans libération possible. Mais qu'aurions-nous pû lire de cette tragédie? Un homme tue un enfant, on tue l'homme. A qui le tour?
Là, au contraire à travers ta vie, avec toute sa complexité et toutes les souffrances causées et subies, tu nous délivres un message. Un
être aussi mauvais et abominable que tu as pû être, après autant d'années sans espoir de rédemption, peut retrouver, un jour, la liberté et choisir de consacrer le reste de ses jours aux autres
au travers de la Croix Rouge.
Quelle leçon d'espoir! L'homme dans tout ce qu'il a de plus mauvais peut, un jour faire bien, faire du bien. Je sais, il faut du temps et
une distance suffisante pour découvrir tout çà. L'homme n'est pas foncièrement mauvais, tu nous le prouve.
Mais, je constate que pour la société qui t'avait, à juste titre condammé, il n'existe pas de place pour celui qui s'est trompé. A cette
société qui s'indigne si souvent de ce qui l'est, tu lui jettes au visage au travers de ta disparition sa propre réalité. Comment l'Homme peut être bon dans une société où l'on laisse mourrir ses
voisins dans la plus profonde indifférence.
* Lucien Léger fut le plus ancien détenu français. Après le meutre du petit Luc Tarron, âgé de 11 ans, le 26 mai 1964, il fût incarcéré jusqu'au 3 octobre
2005, pendant 41 ans. Installé depuis sa libération conditionnelle, à Laon dans l'Aisne, à 40 kms de chez moi, il est retrouvé mort le 18 juillet 2008 dans son appartement au 3, rue Arago, 10
jours après son décès.